La «bombe» d’Alan Turing
Lors de nos rencontres dans les ateliers «Tous homonumericus» consacré à l’intelligence artificielle, nous évoquons souvent la « Bombe ».
Cette machine, en 1952, évoque à Alan Turing l’idée qu’elle pourrait un jour penser…


Musée National de l’Informatique à Bletchley Park (Angleterre)
🤖 C’est quoi et comment ça fonctionne?

La Bombe tire son nom de la « Bombe cryptologique », machine conçue en 1938 par le polonais Marian Rejewski (Un anonymous avant l’heure très remonté contre les nazis).
Cet instrument électromécanique est utilisé par les cryptologues afin de casser les codes allemands
« Enigma ».
Pour rappel, « Enigma » est une calculatrice électromécanique portative servant au chiffrement et au déchiffrement de l’information. Son utilisation la plus célèbre fut celle faite par l’Allemagne nazie (et par opposition par ses alliés), avant et pendant la Seconde Guerre mondiale, la machine étant réputée inviolable.
Une « Enigma » standard mobilisait un groupe de trois rotors, chacun pouvant être installé dans vingt-six positions, avec un changement quotidien selon une table elle-même secrète et spécifique aux opérateurs.

🤖 Rotors entrainés électro-mécaniquement…
Afin d’éviter de réaliser un simple chiffrement par substitution monoalphabétique, chaque touche pressée sur le clavier provoque l’entraînement d’au moins un rotor, changeant ainsi la substitution alphabétique utilisée. Cela assure que la substitution est différente pour chaque nouvelle frappe sur le clavier, créant un chiffrement par substitution polyalphabétique.
C’est un mécanisme à base de roue à rochets qui était le plus fréquemment utilisé. À cette roue à 26 dents était associé un fin anneau métallique à encoches, solidaire du rotor. Chaque frappe de touche, via les cliquets, poussait sur la roue de chaque rotor pour la faire avancer d’un cran. Ce sont les anneaux métalliques qui permettaient ou non l’avancée des rotors. Pour qu’un rotor avance, il fallait que l’anneau du rotor à sa gauche présente une encoche alignée avec son cliquet. Le premier rotor n’étant pas bloqué par un anneau, il avançait d’un cran à chaque frappe. L’avancée des autres rotors dépendait du nombre d’encoches.
🤖 «La bombe» ou l’art de démultiplier l’entrainement mécanique…
La Bombe qui fonctionnait sur le principe « Enigma » essayait chaque position possible pour chacun des rotors, réalisait un test et proposait une combinaison de résultat en fonction de ces tests. Les solutions possibles étaient alors examinées manuellement.

En Grande-Bretagne, Alan Turing reprend l’idée de Marian Rejewski et conçoit une machine plus performante, modifiée encore par un autre mathématicien, Gordon Welchman.
Turing accueille avec enthousiasme la contribution de son confrère, avec laquelle il produit la machine définitive, encore plus efficace.
En regardant sur les images de la bombe ci-dessus, on voit que UNE machine est composée de 36 rotors, en multipliant ces machines, en les faisant tourner 24h/24, on peut concevoir un décryptage possible.
🤖 «Can machines think…»
«Computing Machinery and Intelligence» est un article influent publié par Alan Turing en 1950. Dans ce texte, Turing propose une méthode (Le jeu de l’imitation*) pour déterminer si une machine peut exhiber un comportement intelligent indiscernable de celui d’un humain.
L’ article a eu une influence profonde sur le développement de l’intelligence artificielle (IA).
Turing a été l’un des premiers à proposer que les machines pourraient un jour penser de manière similaire aux humains. Son idée de tester l’intelligence des machines a fourni un cadre conceptuel et plus que jamais très actuel. L’article a aussi inspiré le développement des premiers algorithmes de traitement de l’information et de résolution de problèmes. Les idées de Turing sur la manipulation symbolique et les machines de calcul ont jeté les bases des algorithmes. Il a également soulevé des questions éthiques et philosophiques sur la nature de l’intelligence et de la conscience.
*Maintenant connu sous le nom de test de Turing.
🤖 Human…Or not?
Si vous pensez être capable de détecter une IA, vous pouvez tenter le coup en visitant le site :
https://www.humanornot.ai/
Plongez dans le test ultime de l’intuition!
Vivez un défi de chat de 2 minutes où vous êtes jumelé à une personne réelle ou à un robot avancé propulsé par la technologie ChatGPT.

En 1970, Eliza de Joseph Weisenbaum trompe déjà une personne sur deux (quand à l’origine humaine ou non) lors d’une conversation. ELIZA est un programme informatique de traitement du langage naturel. Créée pour explorer la communication entre les humains et les machines, ELIZA a simulé la conversation en utilisant une méthodologie de substitution qui donnait aux utilisateurs une illusion de compréhension de la part du programme, mais n’avait aucune représentation ni signification des mots restitués…Comme quoi, la folie est forcément humaine!
🤖 Le jeu de l’imitation de Morten Tyldum (2014).
🤖 <Bonne journée!
Image illustration : Pilot Ace Computer,1952 (Science Photo Library)